Charity and aid have failed Africa and its leading entrepreneurs are now driving the continent’s development agenda.

Tony Emelulu

Milliardaire et philantrophe nigérian

L’africapitalisme. A la première énonciation de ce terme aux accents de prime abord « Wall Street-iens », une lueur d’interrogation, parfois de réprobation, domine le regard des individus pour qui le développement humain, authentique, ainsi que l’altruisme, passent avant toute considération financière ou monétaire. Une réaction compréhensible. En effet, pour le commun des mortels imperméables aux « joies » du libéralisme économique débridé, qu’est-ce que cette expression, dont une des composantes présente des sonorités aussi vénales et péjoratives dans l’opinion populaire, pourrait apporter de positif ?

Il semble ardû d’essayer de définir les contours de ce concept sans faire référence au créateur et au principal chantre de ce dernier, le milliardaire et philanthrope nigérian Tony Elumelu.

Bref historique. En 1997, Tony Elumelu est à la tête d’un groupe d’investisseurs dans le cadre du rachat d’une banque nigériane moribonde, la Crystal Bank, qu’ils rebaptisent après coup la Standard Trust Bank (STB). Deux objectifs essentiels motivent cette opération.
Le premier, économique, et que l’on ne saurait reprocher à tout homme d’affaires qui se respecte, est celui de générer un retour sur investissement massif en faisant de la STB une des banques leaders au Nigéria.
Le second, plus social, est celui de démocratiser le secteur bancaire au Nigéria, où, à l’époque, moins de 10% de la population détient des comptes bancaires et où par conséquent, les opérations de paiement sont synonymes de contraintes importantes pour les nigérians dans leur vie de tous les jours.
Un peu moins d’une vingtaine d’années plus tard, la STB, devenue la United Bank for Africa (UBA) après une fusion avec l’établissement bancaire du même nom en 2007, est devenue un des leaders bancaires au Nigeria, ainsi qu’un groupe panafricain composé de plus de 700 succursales, opérant dans approximativement une vingtaine de pays africains, ainsi qu’en France, aux Etats-Unis, et au Royaume-Uni. Une véritable success story.
Dans la foulée, Tony Elumelu crée la Tony Elumelu Foundation, dont un des programmes, le Tony Elumelu Entrepreneurship Programme, a pour ambition d’investir 100 millions de dollars US afin d’identifier et de faire émerger 10,000 entrepreneurs africains, créer 1 million d’emplois et générer 10 milliards dollars US de chiffre d’affaires annuel en Afrique au cours de la prochaine décennie. Un studio malgache de développement de jeux video a notamment participé à ce programme. Un véritable pas de foi en l’avenir du continent, mais qui n’étonne en rien considérant la philosophie portée par cet homme particulièrement inspirant.

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L’africapitalisme qu’il promeut, est en effet une philosophie économique, dont l’énoncé extrêmement simpliste de prime abord n’en altère en rien la puissance.

En quelques mots, l’africapitalisme peut se définir comme une philosophie situant le secteur et les initiatives privés, à savoir les entrepreneurs africains, au cœur-même de la dynamique de développement en Afrique. Il s’agit donc (i) d’un message de responsabilisation, qui insiste sur cette idée essentielle qui est que personne ne développera le continent si ce n’est les Africains eux-mêmes, mais également (ii) d’un message d’appel au dynamisme et à l’initiative, poussant chacun de nous à tenter d’initier soi-même des changements, loin d’un attentisme qui consisterait à se contenter d’épier du coin de l’œil les actions du gouvernement ou des institutions financières internationales avant toute initiative.
Le second aspect de l’africapitalisme est qu’il met l’accent sur l’importance fondamentale d’investir uniquement dans des secteurs ou des projets qui génèrent de la richesse tout en s’accompagnant d’un impact positif et concret en termes de développement social.
Enfin, le troisième aspect de cette notion est qu’elle se projette dans une optique de long-terme, avec des investissements pensés, au long cours, qui se définissent largement sur l’avenir.

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Il s’agit d’une philosophie simple mais qui porte en elle plusieurs clés fondamentales pour le développement de l’Afrique, et plus particulièrement de Madagascar, pour ce qui nous concerne.

La première, et peut-être la plus importante, est celle de la responsabilisation : ce sont les malgaches eux-mêmes qui portent en eux les germes du développement de leur pays, et il appartient à chacun de prendre ses responsabilités et de mettre fin à cet attentisme qui consisterait à s’auto-persuader que d’autres (autorités gouvernementales, institutions internationales de développement) que les principaux concernés seraient les seuls à pouvoir favoriser la réussite de notre nation. A cet égard, il nous semble assez triste de constater qu’un grand nombre des initiatives sociales, environnementales ou culturelles à Madagascar sont non seulement conçues, initiées et/ou financées par des acteurs et des organismes de développement étrangers, mais surtout, qu’elles prennent généralement fin de façon abrupte lorsque lesdits financements arrivent à leur terme pour diverses raisons. Une majorité de ces projets est pourtant à la large portée des seules initiatives privées malgaches, si ce n’est l’idée, la volonté et/ou l’envie.

Voir aussi : De la responsabilité individuelle

La seconde est que la création de projets entrepreneuriaux n’est pas incompatible avec les notions d’impact social, de développement humain et d’amélioration de l’environnement global. En cela, l’africapitalisme rejoint quelque peu le concept d’entrepreneuriat social. Il appartient ainsi aux détenteurs de financement privé, aux porteurs de projets, de se concentrer aujourd’hui sur la mise en place de projets qui permettent à la fois de créer de la richesse pour leurs initiateurs, mais également de la richesse financière et sociale pour les autres, pour Madagascar et ses habitants.

Enfin, la dernière clé est celle du cadrage temps. Ce facteur essentiel (et qui nécessite probablement de lutter avec un atavisme culturel qui pousse traditionnellement nos compatriotes à envisager les choses au jour le jour) consiste à se projeter, dans toute chose, sur le long terme. Ceci implique de développer des plans sur plusieurs années dans le cadre de ses projets, mais également de ne pas rejeter d’emblée des projets tout simplement parce que ces derniers ne se révèlent pas immédiatement rentables, ou d’éviter de se précipiter sur des projets qui seraient immédiatement rentables alors que l’impact social de ces derniers serait inexistant voire négatif.

Le mada-optimiste souhaite assister et participer à l’émergence de cette génération d’entrepreneurs malgaches, dynamiques, moteurs de croissance pour tous. Il est conscient que la clé du développement de son pays n’est en nul autre que lui-même et ses compatriotes. S’il peut lui-même souhaiter réussir dans une aventure entrepreneuriale, il n’est pas concevable que cette dernière se définisse sans un impact social positif pour son environnement. Il se projette sur le long-terme dans la concrétisation d’une vision, et ne cède pas aux sirènes de l’enrichissement rapide, souvent synonyme de spéculation, de trafics ou d’absence totale de création de valeur pour son propre pays.

Soyons des leaders. Soyons porteurs de projets impactants pour le développement de notre pays et générateurs de mieux-être global. Soyons les chantres d’un africapitalisme novateur et décomplexé. Soyons inspirés pour, à notre tour, devenir inspirants. Soyons des malgaches de qualité, soyons mada-optimistes.