Le patriotisme mal compris, au lieu d’être une vertu, devient un défaut ridicule.

José Cadalso

Ecrivain, dramaturge, poète et militaire espagnol

Le patriotisme… Un grand mot et une grande idée, dont la puissance mobilisatrice sur les foules n’a d’égal que l’usage dévoyé qu’en font parfois une certaine catégorie de personnes.

Afin d’établir les choses clairement d’un point de vue sémantique, et éviter de laisser la place à tout doute quant à un manque d’objectivité dans notre démarche, nous souhaiterions partager, avant d’avancer plus loin dans notre propos, une définition extérieure et objective du patriotisme. Selon le célèbre dictionnaire Le Petit Larousse, le patriotisme se traduit par l’ « attachement sentimental à sa patrie se manifestant par la volonté de la défendre, de la promouvoir ».
Une démarche très académique nous conduirait donc à en conclure que le concept de patriotisme se décline en deux aspects. Tout d’abord, un attachement sentimental à sa patrie. Mais ce n’est pas tout. Cet attachement doit également se manifester par la volonté de la défendre et de la promouvoir.
En schématisant les choses, le patriotisme qui ne se traduirait simplement que par un attachement sentimental à sa patrie sans une volonté visible de traduire cet attachement par des actes et une volonté concrète serait donc un patriotisme incomplet. Ce patriotisme-là, s’il en est, a au moins pour lui le mérite, malgré une posture clairement affichée de passivité, d’être inoffensif.
Une autre forme de patriotisme pourrait également se manifester par une volonté quasi-fanatique et irraisonnée de défendre sa patrie, qui se traduirait au final, en termes de résultats pour le pays et cette patrie supposés être les bénéficiaires de cette démarche, par une descente abyssale de ces dernières (en termes de développement interne, de perception extérieure, de respect à l’international) et non leur promotion. Ce patriotisme-là est un patriotisme dévoyé.

Prenons un exemple concret, celui de la langue.
La volonté de vouloir à tout prix manifester son patriotisme par une démarche de défense sans concession de la langue malgache est tout ce qu’il y a de plus louable, et mérite le plus profond respect. Toutefois, cette démarche ne doit pas s’accompagner par ailleurs d’un rejet irraisonné de la pratique d’autres langues. Dans un nombre significatif de milieux, les observateurs pourront remarquer un rejet profond de la langue française, qui se traduira par un classique : « malagasy ianao fa mitenena gasy ». La pratique par les malgaches d’autres langues est rejetée, voire condamnée de la plus vive des façons, par ces milieux.

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Si la population malgache était la seule à peupler cette planète, ou si la langue malgache était la langue officielle utilisée et plébiscitée dans le monde entier et par des milliards d’individus, pourquoi pas ? Il ne nous semble pas que cela soit le cas. Ou alors pas encore.

La vérité est que nous vivons aujourd’hui, même du fin fond de notre île, dans un monde globalisé, internationalisé, où des avions parcourent la planète en une journée, où les expatriés ou immigrés sont légion, et où les échanges économiques, sociaux et culturels sont si nombreux et à ce point interconnectés que des évènements dans un pays peuvent se révéler avoir des conséquences systémiques et perturber de façon significative le monde dans son ensemble. La dernière crise financière mondiale en est d’ailleurs un des exemples les plus révélateurs.
Dans ce monde tel que nous l’avons décrit, maîtriser une voire plusieurs langues étrangères est un avantage, un atout, une arme même, comme tout savoir peut l’être.
En nous enfermant délibérément nous-mêmes d’un point de vue linguistique, nous risquerions d’aboutir à un schéma où nous priverions les nôtres de la maîtrise de toutes ces langues par le bénéfice de la pratique, au nom d’un patriotisme forcené et irraisonné. Le seul véritable résultat que nous pourrions en espérer serait de nous isoler plus encore du monde extérieur et de nous priver d’opportunités de développement, d’opportunités d’ouverture à l’international ou encore d’opportunités de carrière. Nous avons personnellement énormément de mal à déterminer où serait la promotion et la défense de la patrie dans une telle situation.

Nous sommes intimement persuadés que le patriotisme doit, pour permettre et s’articuler avec le développement et le mieux-être de notre pays et de ses habitants, être pratiqué d’une manière positive et constructive et ne pas se conjuguer systématiquement avec un rejet pur et simple de l’extérieur. Dans notre exemple, au lieu de se concentrer uniquement sur la pratique et la maîtrise de la langue malgache tout en rejetant péremptoirement les autres langues, le patriotisme constructif se traduirait par une volonté à la fois de sauvegarde de notre patrimoine linguistique mais également d’ouverture vers les patrimoines linguistiques extérieurs afin d’éviter d’obérer l’avenir de nos enfants et de nos compatriotes en les privant de la capacité de communiquer avec l’extérieur. Les deux n’ont jamais été inconciliables.

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Le patriotisme constructif s’applique pour nous d’une manière très simple, au travers du filtre de l’amélioration et du développement. Il suffit de se poser une simple et unique question, mais pourtant critique : « Est-ce que le patriotisme tel que je l’applique a pour effet de promouvoir ma patrie, de l’aider à concrétiser sa quête de développement, d’amélioration et de mieux-être, ou est-ce que ma conception du patriotisme a pour conséquences de tirer toute la collectivité vers le bas ? ».
Ce filtre simple mais efficace a le mérite de discriminer un patriotisme dévoyé voire nocif pour le pays et ses habitants, d’un patriotisme constructif et positif, tourné vers une réelle promotion du pays et vers son développement.

Le mada-optimiste est un patriote constructif. Il aime son pays, sa patrie, et a profondément à cœur de préserver son patrimoine historique, culturel et traditionnel tout en n’annihilant pas les chances de son pays et de ses compatriotes de porter haut et fort le flambeau du savoir-faire et des compétences malgaches dans un contexte globalisé à l’extrême. Le mada-optimiste sait que le patriotisme se doit d’être réfléchi, ouvert et tourné avant tout vers l’avènement d’un Madagascar qui saura prendre, sans complexe, la place qui lui revient dans le concert des nations.

Soyons multilingues. Soyons ouverts sur le monde. Soyons réfléchis, déterminés, mais jamais fanatiques. Soyons patriotes, mais d’une manière constructive et positive, et en ayant toujours en tête cette ambition ô combien sacrée : la promotion et le développement du pays. Soyons des malgaches de qualité, soyons des mada-optimistes.