Le monde appartient aux optimistes, les pessimistes ne sont que des spectateurs.

François Guizot

Historien et homme politique français

Vous avez sûrement déjà entendu dire que dans tout pays, lorsque surviennent des évènements graves et exceptionnels de nature à mettre en péril l’ordre, la santé ou la sécurité publics, d’autant plus quand ces évènements sont de nature à menacer l’existence même d’une nation, le dernier rempart, le bouclier suprême, est l’Armée.
Effectivement, lors de la survenance de grandes épidémies, de catastrophes naturelles telles qu’inondations, tsunamis ou encore tremblements de terre, qui n’a pas déjà assisté sur son petit écran, une moue de compassion sur le visage, à des scènes de victimes secourues par des pompiers, des policiers, mais aussi une multitude d’hommes en treillis appelés à la rescousse ?

Garante de la stabilité d’une nation, on attend de l’Armée qu’elle soit la dernière institution pleinement fonctionnelle lorsqu’une nation, un pays, un peuple, connaît son plus grand péril, ses heures les plus sombres et chancelle sur ses fondations.

En Afrique, et à Madagascar, les choses sont différentes.
Sur ce continent, les militaires, souvent pris à parti et manipulés à des fins bassement politiques, constituent malheureusement plus un facteur d’instabilité notoire et une source de crainte qu’un recours ultime lorsqu’une nation est en voie d’extinction. L’Histoire nous l’a prouvé à maintes reprises et continue encore aujourd’hui à nous le prouver.

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A Madagascar, le plus grand danger qui nous guette aujourd’hui n’est ni le plus évident ni le premier qui nous viendrait à l’esprit, car il est insidieux et s’infiltre lentement et inexorablement en chacun de nous. Il n’a pas de visage, il n’a pas de forme matérielle, et ses meilleurs et plus efficaces serviteurs sont ses victimes elles-mêmes. Ce danger a de multiples noms : pessimisme, perte d’espoir, résignation ou encore acceptation de l’inacceptable.

Après plus de cinquante ans d’indépendance, une longue succession d’actes manqués, des crises politiques, institutionnelles et sociales à n’en plus finir, une pléthore de messies politiques bardés de promesses étincelantes et qui ont tous fini par décevoir, d’une manière ou d’une autre et dans des proportions plus ou moins désastreuses selon les individus concernés, les attentes légitimes d’une population chaque jour plus exsangue.
Tout au long de ces quelques décennies, nous avons connu la déchéance économique, la hausse continuelle de l’insécurité, l’inexorable montée en puissance de la corruption, l’installation progressive d’une addiction à l’assistanat financier et social, l’assassinat systématique de notre démocratie naissante, et plus globalement, une dégradation abyssale des conditions de vie de nos compatriotes.
Les malgaches ont aujourd’hui perdu l’espoir et sont dans une posture de résignation et d’acceptation de cet état malheureux des choses.
Se battre ? Pourquoi ? Avec quelles armes ?
Croire ? En quoi ? En qui ? Pour être déçu, encore ?
Alors que l’Afrique s’éveille, que les pays émergents bouleversent la donne économique mondiale et changent en profondeur les règles du jeu, le peuple malgache s’est doucement installé dans une culture de fatalisme et d’absence totale de foi en l’avenir. Et au regard de ce qu’il a vécu, qui pourrait sincèrement lui en vouloir ? Qui pourrait le blâmer ?

Seulement voilà. Si nous sommes déjà au fond du trou (permettez-nous l’expression), et qu’une population toute entière se résigne face à ce sort, nous sommes inévitablement condamnés à creuser encore.

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Et c’est ici que le véritable rempart de notre nation intervient. Face au péril qui est à nos portes et qui a décidé de nous atteindre en ce que nous avons de plus cher et de plus intime, notre confiance en l’avenir, ce véritable rempart n’est ni l’Armée, ni la communauté internationale, ni les institutions. Ce véritable rempart, ce sont les optimistes.

Si plus personne ne croit en un futur meilleur, si tout le monde se retrouve empêtré dans une posture d’attentisme et d’immobilisme parce qu’il n’a plus confiance en rien, si tout le monde est intimement persuadé que cette misère ambiante est une fatalité, alors, véritablement, nous sommes perdus.

C’est pour cette raison que ceux qui en ont encore la force se doivent de continuer à croire pour tous les autres. Que ceux qui le peuvent doivent continuer à initier et à porter des projets malgré la morosité ambiante et la peur du lendemain. Que ceux qui ont réussi à sauvegarder leur morale et leurs valeurs dans ce contexte de décadence éthique doivent tenter, chaque jour et malgré les répétitifs échecs, d’apporter la lumière à ceux qui se sont perdus.

Car oui, il s’agit d’une nécessité nationale et d’un devoir patriotique : nous devons rester optimistes, cultiver et renforcer notre foi en des jours meilleurs, car les optimistes constituent, de fait, la dernière ligne de défense d’une nation désabusée.

Le mada-optimiste est, comme son nom l’indique, un optimiste, inné ou acquis. Tout en étant conscient de la réalité peu réjouissante des choses, il décide tout simplement de ne pas s’y attarder et de s’atteler, fermement et résolument, à la construction d’un avenir plus favorable avec tous les hommes de bonne volonté.

Soyons lucides mais confiants. Apprenons à voir le verre à moitié plein quand il est à trois quarts vide. Dans l’obscurité, ne perdons jamais de vue les torches que d’autres pays qui nous ont précédé sur ce chemin nous ont laissées et qui nous montrent que tout est toujours possible. Soyons des malgaches de qualité, soyons des mada-optimistes.